Rencontre avec Céline Lis-Raoux, cofondatrice du magazine Rose : « C’est tout sauf un journal médical !»

11 janvier 2013

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Continuer à être une femme quand on apprend qu’on a un cancer du sein. Tel est l’objectif du magazine Rose.


« Quand on a un cancer, la vie sociale en prend un coup. Trop souvent, le quotidien des femmes malades se réduit à la solitude et à la mocheté. »

 

Le cancer du sein concerne 1 femme sur 8. Il y a cinq ans, un vendredi soir du mois de juillet, Céline Lis-Raoux reçoit un appel de sa généraliste. Les résultats de l’analyse qu’elle a souhaité faire contre l’avis de la professionnelle sont mauvais. Elle n’a que 35 ans. Son petit garçon à peine un an. Personne n’a eu de cancer dans sa famille.

 

« Allez voir votre gynécologue ! », se limite à lui dire la médecin avant de raccrocher. Céline Lis-Raoux passe son week-end sur internet. Le web regorge de forums et de chats plus alarmants les uns que les autres. C’est le début d’un grand moment de solitude. La clinique vers laquelle elle est orientée ne lui propose un rendez-vous que deux mois plus tard. Inacceptable. Elle sera opérée ailleurs. Le début de la chimiothérapie n’est pas plus réjouissant :

 

Elle réagit en tant que journaliste, son métier. Au fond de son lit d’hôpital, elle se demande pourquoi elle n’a jamais lu de sujets sur la manière d’annoncer à ses enfants qu’on a un cancer, sur la vie sexuelle en période de chimiothérapie ou même plus simplement sur ce qu’est une chimiothérapie, ce qui est trop rarement expliqué. « Quand on sait que la chimiothérapie attaque toutes les cellules pour tuer les cellules cancéreuses, le fait de perdre ses cheveux et ses ongles devient tout de suite moins agressif. Si mes cheveux tombent, c’est que la chimio marche ! »

 

Quand elle sort enfin de cette période noire, elle lance son projet. Le magazine Rose à destination des femmes atteintes du cancer du sein contiendra de l’information, bien-sûr. Mais pas seulement. Ce sera un bel objet, « un objet qui ne donne pas l’impression à la lectrice d’être une mourante». La ligne éditoriale ? « Je ne suis sans doute pas magnifique quand je me lève le matin mais ça reviendra et je continue à être une femme ! Qu’est-ce que je vais me mettre sur la tête alors que je n’ai plus de cheveux ? J’ai perdu mes ongles ? Je vais mettre des gants mais j’ai envie que ce soient de jolis gants… Rose sera tout simplement un journal qui parle de la vie à des femmes qui sont malades. »

 

Tiré à 200.000 exemplaires, le magazine est un gratuit à l’avenir incertain faute de soutiens financiers suffisants et stables. Le numéro 3 au titre « Quand la maladie précarise » a été distribué sans que le budget soit bouclé. Les retours des lectrices comme des équipes médicales sont pourtant très positifs. Le journal est un excellent instrument de base qui libère la parole et ne laisse pas la femme isolée avec sa maladie.

 

 

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