Entretien avec Aristide Gbaguidi de Senior Plus : « Les services d’aide à domicile doivent fonctionner comme des entreprises à part entière»

Senior Plus émane de l’association Aide, service et soutien créée en 1997 à Soisy sous Montmorency. En 2007, ses dirigeants mettent les clés sous la porte. Monsieur Gbaguidi reprend alors la structure et développe des antennes  à Asnières et dans le bassin d’Arcachon. Une quarantaine de salariées travaille pour Senior Plus, ce qui demande une vraie capacité de gestion financière et d’organisation du travail sur un marché qui peine à trouver son équilibre.

 

M. Gbaguidi résume clairement la situation: «Parler d’association loi 1901 a souvent une connotation « sans coût » dans l’esprit de la société civile. Or on est entré dans la libéralisation du secteur, et donc dans une logique de rentabilité. » Une fois dessiné l’environnement économique, restent en effet des problématiques récurrentes. « Les services d’aides à domicile croulent sous les charges sociales. Si on grossit en se diversifiant et en embauchant plus d’intervenantes, on paie plus de taxes sur les salaires. Et si on ne se solidifie pas, on se fait manger tout cru par les entreprises franchisées qui reposent sur un épais matelas financier et peuvent se permettre  d’avancer l’APA à leur clientèle. »

 

Senior Plus fonctionne en fonds propres et ne reçoit aucune subvention. Comme beaucoup d’autres associations, la structure est appelée à se substituer progressivement au secteur public financièrement dans le rouge… sans que la loi Borloo ne les oblige pour autant à se transformer en entreprise.  C’est sur ce point précis que demeure une confusion des genres tenace. « Si on se transforme en SARL, on doit rendre tous nos actifs à d’autres associations et redémarrer à zéro. Sinon, on se plie aux tarifs des conseils généraux qui fixent l’heure de service à domicile à 18,20 euros quand le coût réel est de 24 euros. C’est un véritable imbroglio dans lequel le serpent se mord la queue. Il faut libérer les associations sans les laisser faire n’importe quoi. »

 

La nouvelle convention collective apporte certaines obligations supplémentaires. L’association qui ne pénalisait pas les usagers lorsqu’ils annulaient leurs missions à la dernière minute a dû insérer des clauses de forfait dans les contrats de prestation en cas d’annulation de moins de quatre jours pour les aides à domicile, et de 24 heures pour les accompagnements véhiculés. « C’est difficile à comprendre par les usagers, mais nous n’avons pas le choix. Nous essayons de leur expliquer les exigences auxquelles nous faisons face et qui sont d’ordre financier et d’organisation du travail. Ils finissent par le comprendre. »

 

Avec les intervenantes, il a fallu plusieurs concertations pour leur faire comprendre que la nouvelle convention collective renforçait les droits des salariés, et revalorisait leur travail. « Je cite par exemple le travail de nuit, des week-ends et des jours fériés qui ouvre le droit à des repos compensatoires, la formation professionnelle et continue, ou la  validation des acquis. Nos responsables secteur ont pris leur bâton de pèlerin pour se rapprocher au plus près des intervenantes. Nous avons mis en place la carte des métiers et des compétences, pour d’éventuels plan de carrière et des formations pointues. Nous allons encore multiplier les réunions d’information et de recueil d’avis. Un dialogue social est nécessaire pour désamorcer les conflits en amonts et garder l’équilibre entre la discipline et la courtoisie. »

La discipline, justement. Un objectif majeur auquel est particulièrement attaché M. Gbaguidi. Dans ces métiers – rarement choisis par vocation –  où les salariées sont pour la majorité d’origine étrangère, le décalage de culture entraîne régulièrement des conflits larvés entre les intervenantes et certaines personnes âgées lorsque les premières cognent sans attention l’aspirateur contre les pieds du fauteuil Voltaire si cher aux secondes. « C’est un élément clé d’explication du turn-over dans les associations…  Ce qui permet par ailleurs d’écumer les meilleurs éléments. » Toutes ces associations doivent cependant se faire évaluer pour exister. Et elles sont confrontées en permanence à des soucis de recrutement et de remplacement. En un mot, la professionnalisation est de mise, mais les outils financiers et de trésorerie ne suivent pas.

 

« A mon humble avis, l’Etat doit rapidement saisir le problème à bras le corps pour reconnaître enfin que les services d’aide à domicile doivent fonctionner comme des entreprises à part entière, et laisser le marché s’organiser de lui-même afin de  trouver son propre équilibre. C’est la loi de l’offre et de la demande. Ce qui couvrira positivement le marché, quand il atteindra son équilibre, c’est que l’usager sera enfin roi comme sur le marché lucratif. Ce sera une révolution avec une vraie démarche qualité prenant en compte le comportement  et les desiderata de l’usager. »

 

Crédit photo : liberalmind1012 sur FlickR (licence CC – BY)

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