Civilisation numérique : le décrochage des sciences sociales

25 septembre 2015

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Chercheurs enfermés dans une tour d’ivoire, refus de se saisir de ces nouvelles données sociétales jugées comme des « phénomènes superficiels » … Dominique Boullier, professeur de sociologie et chercheur au Médialab à Sciences Po Paris, apporte une vision très critique de l’approche sociologique du numérique aujourd’hui.

 

Dominique Boullier

 

« Le défi pour les sciences sociales est de traiter cette vitesse, qui était inaccessible jusqu’ici. Cela change la perspective temporelle des sciences sociales (…) Schématiquement, avec cette révolution numérique, la société peut se lire au prisme de trois fréquences : longue, moyenne et très courte. Cette dernière lecture, que permettent les plates-formes Internet, est financée par la publicité. Les marques sont désormais obsédées par le social listening, l’écoute en temps réel des traces des consommateurs. Elles veulent gérer leur image à la microseconde. »

 

Reste que ces données sont produites par les plates-formes et pour elles. Et le professeur de plaider pour des sciences sociales de troisième génération, capables de s’emparer de ces nouveaux phénomènes pour les requalifier : « Il faut inventer des concepts, des outils et limites de validité sur ces nouvelles données, ces traces auxquelles nous n’avions pas accès. »

 

« Ce que nous vivons a déjà été pensé par Gabriel Tarde en 1890. Dans Les Lois de l’imitation, ce juriste, sociologue et philosophe théorisait la propagation des pensées par une multitude de petites transmissions. Il avait d’ailleurs proposé d’inventer le « gloriomètre », l’équivalent de la mesure du buzz. Mais à l’époque il n’avait pas les outils pour mesurer ce phénomène. Désormais, nous les avons. »

 

Crédit photo : Les Echos

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