Réforme de la dépendance : c’est le modèle de solidarité qui est en jeu !

4 janvier 2011

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Une tribune sur la réforme de la dépendance par Gilles Duthil, président de l’institut Silverlife (centre de recherche sur l’économie du vieillissement).

Gilles Duthil sur la réforme de la dépendance

Il a fallu 22 ans entre le rapport de Maurice Arreckx sur l’amélioration de la qualité de vie des personnes âgées dépendantes en 1979 et la création de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie) en 2001.

Il a fallu près de 17 ans entre le rapport de la commission Soubie en 1993 et la création en avril 2010 des agences régionales de santé, et plus généralement la réforme du système de santé qu’il se fixait comme priorité.

Le rapport de la Cour des Comptes tirant bilan des politiques en faveur des personnes âgées dépendantes, et insistant sur l’inefficience globale du système APA est paru fin 2005. Il contenait déjà nombre de propositions concrètes à mettre en œuvre dans une loi d’orientation sur le 5ème risque. Les rapports qui ont suivi (Gisserot 2007, CNSA 2007, Vasselle-Marini 2008, Rosso-Debord 2010) convergent sur le diagnostic et fixent les scénarios possibles en termes de financement.

Souhaitons pour les personnes âgées, pour leur entourage, pour les professionnels et les établissements et services, et au nom de leur souffrance au quotidien face à un système inadapté (1), qu’il ne faudra pas attendre 15 ou 17 ans pour les décisions politiques sur le 5ème risque.

Y aurait-il une incapacité française à traiter ces sujets hors de crises sanitaires ou sociales (par exemple la canicule de 2003 et ses 14 802 décès supplémentaires (2) ?

La crise des finances publiques pourrait-elle être un accélérateur du calendrier ? Sans doute pas, car les sommes en jeu sont dérisoires au regard des dépenses de protection sociale (manque à court terme 300 à 500 M€ par an pour assurer la survie de l’APA).

Reste donc la souffrance. La souffrance des familles confrontées à cette situation particulière de la dépendance (3).

La situation est d’autant plus insupportable pour les Français qu’ils ont conscience que les solutions existent pour une amélioration de la qualité de vie des personnes âgées dépendantes, que la question du financement n’est pas le problème principal.

Derrière la question de la prise en charge de la dépendance, c’est le modèle de solidarité qui est en jeu, et de la capacité pour la société toute entière à assurer à chacun espérance dans l’avenir et non souffrance au quotidien.

A lire également sur Priorité à la personne :

1 – « un dispositif de prise en charge largement socialisé et diversifié mais complexe » (Vasselle-Marini)

2 – Chiffrage INSERM

3 – « Relever le défi de la dépendance qui sera dans les décennies à venir l’un des problèmes les plus douloureux auxquels nos familles seront confrontées », Nicolas Sarkozy, vœux pour 2010.

L’institut Silverlife, est un lieu de réflexion, en même temps que de confrontation, sur les questions posées à la société et à l’individu par le vieillissement en France et en Europe. La société française, en effet, comme la plupart des autres pays européens, va être durablement affectée par le changement profond de sa pyramide des âges, en même temps que par l’accroissement des situations difficiles liées à un état de dépendance. Il s’agit d’un défi médical, technique, économique et social, encore largement sous estimé, et que seule une mobilisation de tous les acteurs peut aider à relever. Le but de l’Institut est de favoriser cette mobilisation en dégageant des propositions concrètes autour du projet de vie de chacun.

Qu’est-ce que

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