Paroles d’aidants : Joseph

Au quotidien, DOMPLUS est à l’observation de nombreuses situations de vie d’aidant. Joseph est l’un d’entre eux. Il a 53 ans, marié, avec un enfant. Cadre commercial, avec de nombreux déplacements réguliers, Il consacre aussi son temps et son énergie à ses parents depuis près d’un an et demi.

Joseph, une vie d'aidant

On voudrait que le temps soit plus long

« J’ai un papa qui a la maladie d’Alzheimer. Maman est handicapée, elle a des prothèses, et elle vit seule depuis que mon père est rentré dans une structure. Alors il faut aussi aller la voir, lui faire ses commissions, et l’accompagner une fois par semaine. Ca ne laisse pas beaucoup de temps quand on travaille pour s’occuper de son gamin et de sa femme ! On voudrait que le temps soit plus long, mais on n’y arrive pas ! On culpabilise parce qu’on est père, que l’on a une famille, et qu’il faut aussi s’en occuper.

Ma famille me demande. Mon gamin ne comprend pas pourquoi je m’occupe plus de  mes parents que de mon fils. Et même avec des explications c’est difficile pour un enfant. Ma femme, elle, est fille unique, et ses parents n’ont que 70 ans. Pour elle, le fait que je m’occupe de mes parents, c’est quelque chose d’anormal : j’aurai du ne pas m’en occuper, ou m’en occuper moins !

Dans la vie, c’est comme ça, on s’occupe des siens en fonction de sa sensibilité. Ça crée des problèmes dans beaucoup de familles, à partir du moment où l’autre ne comprend pas… Il m’arrive d’aller voir ma mère en revenant du travail, et si le téléphone sonne parce que ma femme m’appelle, et bien je ne vais pas répondre. C’est un peu comme ça que j’arrive à m’en sortir. Elle prendrait mal le fait que je ne rentre pas directement à la maison. »

La vie d’aidant me rend nerveux

« Je suis déjà hyper stressé par mon travail, auquel je m’accroche…le travail ça ne court pas les rues ! Mais quand j’ai quelque chose à faire pour mes parents, je le fais. Comme je suis cadre,  j’essaie de modeler un petit peu mon emploi du temps. Par exemple, je vais partir deux heures avant, en disant que j’ai un rendez-vous quelque part, mais en fait ce n’est pas vrai ! Quitte à rattraper mon travail par la suite, parce que le travail, il faut le faire aussi !

Comme je suis devenu très nerveux, je vois un médecin. On ne peut pas tout assumer, il y a un moment donné où il faut essayer de se faire suivre, sinon… »

On ne comprend pas

« C’est vrai qu’il y a l’APA, mais ça ne suffit pas. Quand mes parents n’ont plus eu d’argent de coté, il a bien fallu les aider. Mais j’ai aussi des crédits, un enfant à élever, une famille à faire vivre ! Au niveau de l’Etat il n’y a pas vraiment d’aides !

Un jour, comme ça, on est confronté à tous ces problèmes. Ces documents, les dossiers à remplir, les maisons de retraites qui ne sont pas bien structurées… c’est très difficile ! On ne se retrouve pas devant la bonne personne, ou alors on ne comprend pas. Parfois il faut manquer le travail pour aller remplir des documents, pour voir des gens… personne ne coordonne tout ça. »

Ce qui pourrait m’aider

« Ce qui pourrait m’aider ? De la compréhension en fait. L’énergie je l’ai car je suis jeune. Mais si j’avais de la compréhension dans mon foyer, autour de moi, peut être que j’y arriverais mieux. J’aurais la satisfaction de penser qu’on pense de moi que je suis une personne qui aide ses parents. Juste de la reconnaissance »

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Crédit Photo : elward-photography sur FlickR (licence CC)

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