Santé au travail : ne pas tomber dans l’excès

10 mai 2016

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Notre société a érigé la santé au rang de valeur primordiale. Si être en forme et bien dans son corps est en soi un objectif louable, deux chercheurs montrent que la tendance peut dégénérer en injonction morale dont il devient très difficile de se libérer.

 

Carl Cederström est un chercheur suédois, enseignant à la Stockholm Business School et spécialisé dans l’étude du contrôle social et de la souffrance au travail. Avec son confrère André Spicer, professeur à la Cass Business School à Londres, il se montre très critique et même sarcastique sur ce qu’il estime être un «culte du bien-être».

 

Santé au travail -Livre : Le Syndrome du Bien Etre
Livre : le syndrome du bien être (Éditions l’Échapée)

 

Le monde de l’entreprise est tout particulièrement touché. Ces directeurs des ressources humaines qui se renomment «directeurs du bonheur» ou cette consultante star, Martha Beck, auteure du programme «Escape from the man cage», qui lâche les cadres déprimés dans le désert ou la jungle, pourraient seulement faire sourire. Mais la « mode » dérive parfois vers une surveillance avec punition à la clé en cas de refus du salarié. En Angleterre, l’entreprise suédoise de poids lourds Scania surveille les constantes vitales de ses employés 24h/24. Ceux-ci sont pénalisés s’ils ne font pas assez d’exercice et si leur système cardiovasculaire est un peu à la traîne. Le syndicat des enseignants de Chicago soumet quant à lui ses membres à un suivi personnalisé les contraignant à surveiller leur cholestérol et à pratiquer une activité sportive, sous peine de quoi ils doivent payer une amende de 600 dollars.

Pour les deux auteurs, la santé ne relève pas de la seule responsabilité individuelle. « Surveiller sa vie comme s’il s’agissait d’une véritable entreprise correspond en tout point de vue à la mentalité de l’agent idéal du néolibéralisme. »

 

Source : Le Temps, 23/04/2016, Sois bien et tais-toi / Carl Cederström et André Spicer, «Le Syndrome du bien-être», traduit de l’anglais par Edouard Jacquemoud, Ed. L’échappée, 176 p.

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