Recherche et développement : perte d’emplois

31 janvier 2014

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Les derniers chiffres de l’observatoire de l’investissement Trendeo, publiés le 27 janvier, montrent que pour la première fois depuis quatre ans, il y a eu davantage d’emplois détruits dans les activités de recherche et développement (R &D) que d’emplois créés.

En juillet 2010, lors d’un colloque d’économistes sur le thème « A la recherche de la nouvelle croissance », Christian De Boissieu, président du Conseil d’analyse économique, expliquait : « Depuis 2007, face à la crise mondiale, il fallait être keynésien. Pour survivre sur le long terme face aux nouveaux compétiteurs, il faut devenir schumpétérien (Joseph Aloïs Schumpeter, économiste autrichien du XXe siècle) en privilégiant l’innovation, la R&D (recherche et développement), l’éducation, la compétitivité des entreprises. » 2013 n’aura donc pas été une année glorieuse. Et ce d’autant plus que les destructions d’emplois les plus importantes ont eu lieu dans des secteurs tels que l’informatique et l’électronique (plus de 500 emplois nets supprimés) ou l’industrie pharmaceutique (plus de 1000 emplois).

L’insuffisance des investissements en recherche, notamment dans le privé, est une première explication. La France a investi 2,2% de son produit intérieur brut dans la R&D en 2012 quand les Etats-Unis en investissaient 2,7% et l’Allemagne 2,9%. La recherche publique est également fortement axée sur la recherche fondamentale en France. Ce qui génère moins de résultats en termes de produits innovants, de brevets, de croissance et donc d’emplois.

Bernard Guilhon, professeur d’économie à Skema Business School et auteur des Paradoxes de l’économie du savoir (Hermes Sciences Publications, 2012), évoquait ce problème de l’innovation française et européenne pour expliquer la crise de désindustrialisation : « On valorise la production de nouvelles connaissances sans en vouloir les applications. L’innovation n’est pas envisagée comme une transformation des façons de penser et d’agir dont les conséquences provoquent le déclassement des produits, des processus, nécessitant la réallocation des compétences vers les sources de créativité. Elle est avant tout pensée comme un processus d’augmentation et de préservation qui s’incarne dans les progrès scientifiques alimentés par les dépenses publiques de recherche et développement et la création d’emplois intensifs en connaissance qui valident nos filières d’excellence. »

Tout n’est pourtant pas négatif en la matière, loin de là : La France était en 2011 le deuxième pays d’accueil des projets de recherche et développement en Europe après le Royaume-Uni, et concentrait 16 % des projets étrangers de R&D, devant l’Allemagne ou l’Espagne. Pas moins de 90 entreprises françaises figurent au palmarès 2013 du cabinet Deloitte des 500 start-up à la croissance la plus rapide en Europe, Afrique et Moyen-Orient. Et cinq entreprises françaises sont dans le top 30.

Crédit photo : Collections École Polytechnique / Jérémy Barande

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