Intensification du travail : délimitation moins nette entre sphère professionnelle et privée

Les résultats de la dernière enquête Conditions de travail * affichent une reprise de l’intensification du travail qui n’est pas sans risques sur la durée : absentéisme, turn-over, maladies professionnelles, burn-out…

La conciliation des temps de vie professionnels et privés est un enjeu qui ne cesse d’occuper le dialogue social, en particulier dans le secteur tertiaire et chez les cadres. L’essor des nouvelles technologies de l’information et de la communication s’est souvent accompagné de débordements de l’activité pro sur la vie privée. Seule une infime minorité des salariés est considérée comme télétravailleur. « Il s’agit d’une remise en cause du fondement du droit du travail qui garantit que le lien de subordination entre le salarié et l’employeur doit être temporaire et limité dans le temps. Les salariés  »nomades » sont particulièrement exposés: les déplacements à titre professionnel, notamment lorsqu’ils nécessitent de  »découcher » se traduisent par une augmentation du temps de travail non reconnu (travail dans les transports ou à l’hôtel par exemple), par des temps de repos inférieurs aux obligations légales et par une absence de protection des salariés en cas d’accident de travail », souligne Marie-José Kotlicki, secrétaire générale de l’Ugict-CGT qui réclame un « droit à la déconnexion« .

Alléger les contraintes

L’article 11 de l’accord national interprofessionnel du 19 juin 2013 (ANI) s’attaque au sujet en préconisant une articulation adaptée des temps. Les négociations et les mesures prises dans les entreprises apportent une meilleure protection de la vie privée en fixant des limites à l’activité professionnelle ou en facilitant la vie personnelle des salariés avec la mise en place de crèche d’entreprise ou de conciergerie. Bernard Dugué, ergonome, ne cache cependant pas son scepticisme sur l’efficacité de la méthode. Ces démarches généralisent des mesures qui ne sont pas forcément adaptées à tous les salariés. Les besoins varient énormément en fonction du niveau de rémunération, du sexe, de l’âge ou de l’état de santé. « La recherche d’un meilleur équilibre ne peut se résumer à un cadrage plus strict des horaires de travail, explique-t-il. Sans interrogation sur le contenu du travail et le fonctionnement de l’entreprise, les mesures adoptées peuvent au mieux se révéler vaines, au pire constituer des contraintes supplémentaires, en rendant plus difficiles certaines formes de régulation de l’activité. »

*Menées depuis 1978 par le ministère du travail, les enquêtes Conditions de travail, sont renouvelées tous les sept ans. Les questions renvoient à une description du travail, de son organisation et de ses conditions.

A lire également : notre dossier sur le bien être au travail

Pour en savoir plus : Magazine Santé & travail, n°87

 Crédit photo : Alan Cleaver sur FlicR (licence CC-BY 2.0)

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