Entretien avec Laurence Morin de Papy Mamy Services : « Les services publics font de la concurrence déloyale!»

Laurence Morin a monté son entreprise de services à domicile il y a quinze ans, dans les côtes d’Armor. Une pionnière. Elle embauche six personnes et « jongle » avec les difficultés de gestion, les soucis de trésorerie et les agacements administratifs. Mais son énergie reste intacte pour œuvrer à la satisfaction des bénéficiaires dans la proximité et l’humanité.

Alors que les grosses enseignes franchisées envahissent le secteur des services à domicile et que les prestataires associatifs viennent de signer une nouvelle convention collective unique de branche, le côté atypique de Papy Mamy Services et de sa patronne prend encore un peu plus de couleurs. Laurence Morin refuse le « tout business ». Elle ne propose pas de gardes d’enfants, « un autre travail » qui cible les jeunes couples d’actifs solvables. Elle met un point d’honneur à animer le social. 80% de ses clients sont des personnes âgées dépendantes ? Elle crée « Papy Mamy Loisirs » afin de les regrouper, de leur proposer autre chose que ces longs après-midi dans la solitude. Exactement ce qu’encouragent les politiques, sur le papier au moins. Car l’écart entre la réalité et l’administratif, lui, persiste.

L’augmentation de la TVA à 7% sur les services à domicile, par exemple. Elle ne touche pas les services aux personnes dépendantes pour lesquels la TVA reste à 5,5%. La réalité est nettement moins simple. Ce qui est vrai pour une aide à la toilette ne l’est pas lorsque les intervenantes livrent les courses d’une vieille dame qui a perdu sa mobilité. Et tant pis si cette dernière n’est plus en mesure de sortir de chez elle. « Je travaille, heureusement, avec un cabinet comptable et sur un logiciel efficace pour ventiler la taxation des services », explique Laurence Morin. Malgré cela, la mise en pratique a été un calvaire. « Nous sommes tenus d’avertir les clients deux mois à l’avance de tout changement de facturation. Nous l’avons donc fait en tout début d’année. Le décret d’application de cette nouvelle loi est sorti en février mais l’augmentation à 7% était applicable à partir de janvier 2012 ! La déléguée à la personne auprès de la direction du travail n’avait pas les informations. A nous de nous débrouiller, quand bien même nous payons cette TVA mensuellement. »

La gestion des salariés n’est pas non plus de tout repos, « mais j’aime bien travailler comme ça si le bien-être des clients est satisfait à l’arrivée». Les arrêts maladie sont un des principaux obstacles au bon déroulé du planning. Laurence Morin a embauché une intervenante juste pour les remplacements. Des formations sont prévues et c’est avec plaisir qu’elle verse des primes de fin d’année aux salariés qui travaillent bien. Elle applique aussi le paiement des heures d’astreinte et de travail effectif pour les déplacements. Un comportement très rare dans le milieu. « Je contacte régulièrement un avocat en droit social. J’aime les choses carrées et je me rapproche au maximum du droit du travail ». La nouvelle convention collective des employeurs à but non lucratif oblige désormais les associations à facturer aux clients les services annulés à moins de quatre jours. « Je ne serais pas pour, parce que ces créneaux horaires qui se libèrent au dernier moment permettent d’intervenir en urgence auprès d’autres bénéficiaires », nuance-t-elle. Mais elle approuve la logique de responsabilisation de l’usager et facture déjà au minimum d’une heure les rendez-vous annulés moins de 24h à l’avance sans raison médicale.

L’objectif est la qualité. Son prix n’est pas léger. Le renouvellement de l’agrément, obtenu après une évaluation externe, a un coût : « 3500 euros, sans même un petit coup de pouce des organismes publics ».  Ces services publics qui, trop souvent, ne respectent ni les lois ni les bénéficiaires, par nature fragiles. « Tout ça, c’est du politique. Mais l’environnement est assez malsain. A long terme, tout le monde sait que le public ne pourra pas continuer à perte. Ils vont donc être obligés de s’aligner. Autant arrêter maintenant cette concurrence déloyale et cette délation permanente. Mettons nous directement à la même échelle ! »

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